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Cultivons la curiosité

Le Grand Détournement : Derrick contre Superman / Ça Détourne / La Classe Américaine

Le Grand Détournement : Derrick contre Superman / Ça Détourne / La Classe Américaine

Qui ne s'est jamais amusé à refaire des dialogues d'œuvres connues pour s'amuser ? J'en ai déjà parlé dans mon introduction de "Kung Pow". Film qui illustre aussi parfaitement le procédé du mashup, terme un peu bizarre pour indiquer que l'on prend des extraits d'œuvres n'ayant rien à voir entre elles, pour, à travers un habile montage, en faire quelque chose de nouveau. Que ce soit au niveau du son ou de la vidéo. Ainsi, on peut arriver à faire dialoguer deux acteurs/actrices qui ne se sont jamais rencontrés.

Après, si on décide de refaire la bande sonore, on peut arriver à un résultat bluffant dont la qualité d'image sera le seul moyen de voir la supercherie. Quand Michel Denisot lance un appel aux diverses sociétés de production pour offrir une plage de 13 minutes auprès des plus talentueux et talentueuses, nous sommes en 1992, et Michel Hazanavicius répondra présent avec sa société de production Dune.

Avant même d'être connu, il va présenter, avec Dominque Mézerette, un court métrage nommé "Derrick contre Superman". Avec un habile montage et un redoublage plutôt bon, on obtient une histoire marquante. C'est le premier volet de la trilogie nommée "Le Grand Détournement", car ici le travail de doublage n'aura rien à voir avec la localisation habituelle. Toujours avec talent, cette fois-ci il y sera question de se marrer. Et c'est en septembre 1992 que le court métrage est diffusé sur Canal+.

"Derrick contre Superman" nous conte une enquête endiablée de Derrick, un inspecteur Allemand dont les histoires sont assez molles, et ont grandement bouché les trous des débuts d'après midi de France 2 et France 3. Dès 1992 la série est moquée, mais jouit d'une grande popularité. Résultat, l'inspecteur Derrick (Horst Tappert) est épaulé par son binôme Klein (Fritz Wepper) afin de sauver la chaîne nommé La Cinq (qui occupait le canal 5 avant Arte) de la banqueroute.

L'inspecteur principal va mettre en branle tous ses contacts, que ce soit le capitaine Kirk (William Shatner), Navarro (Roger Hannin), Starsky (Paul Michael Glaser) et Hutch (David Soul). Malheureusement, impossible de trouver du contenu pour La Cinq. D'autant plus que Superman met lui aussi un plan en action afin de s'assurer de la fin de la chaîne. Bon, j'ignore de quelle incarnation de Superman il s'agit par contre. Mais Roger Moore fera partie des antagonistes à l'inspecteur Allemand, tout comme Numéro 6 (Patrick McGoohan) de la série "Le Prisonnier".

C'est ici l'occasion de voir un énorme travail de redoublage, de montage et d'écriture. Le court métrage se trouve facilement sur la plateforme de vidéo en ligne que l'on connaît, et la qualité n'est malheureusement pas top. Cependant, malgré un aspect foutraque, on a des moments de franches rigolades, qui posent les bases pour la suite. J'ai bien aimé le voir, et il est une parfaite introduction au travail de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette. Un quart d'heure sympa.

En décembre 1992, ce seront 38 minutes de pantalonnades qui nous serons proposées. En parodiant son émission jeunesse phare "Ça Cartoon", ici nommée "Ça Détourne", on ajoutera des images d'animations des Looney Tunes. Mais aussi Philippe Dana et Valérie Payet, qui animaient le programme jeunesse du dimanche soir de Canal+. Les parties avec eux sont très datées, mais bien intégrées. J'oubliais, Daniel Lambert s'ajoute au duo de réalisateurs/scénaristes pour ce court métrage.

On nous y montre Bugs Bunny, fraîchement nommé directeur d'une chaîne de télévision, qui doit trouver des programmes pour enfants. Il va demander de l'aide à Valérie Payet, qui aura le soutien peu amical de Philippe Dana. On reprend donc le même principe, en plus long, toujours difficile à voir en bonne qualité vidéo. Les répliques fusent, tout comme les situations, et ça va même trop vite par moment.

Malgré un immense travail de la part des comédiens et comédiennes de doublage, on s'y perd un peu trop, mais le sourire reste présent malgré les blagues sur les pets ainsi que le surjeu de l'animateur et l'animatrice (qui est volontaire). J'avoue que Daffy Duck qui voit son fessier bandé suite au fait qu'il s'est fait fourrer pour les fêtes, c'est un humour débile, mais qui m'a fait marrer. C'est le segment le plus faible de cette trilogie, car il va très vite et est long (oui, c'est paradoxal), donc épuisant. À voir cependant, car entendre les voix archi connues (tellement que je suis incapable de vous en indiquer les noms des comédiens et comédiennes), quel plaisir, surtout quand on a connu "Ça Cartoon".

Le gros morceau, que j'ai paradoxalement vu en premier, c'est évidemment carrément un film de 70 minutes, qui se trouve en meilleur qualité. Le nombre d'acteurs et actrices fait chavirer les têtes. Mais regardons une bien jolie bande annonce, en sachant que "L'Agence Tous Risques" n'est jamais présente comme précisé au début de la vidéo.

Vidéo de Beber Dag

"La Classe Américaine" est diffusée en décembre 1993. Soit une année après "Ça Détourne". Et devant l'immense boulot accomplit, on ne peut que saluer les efforts de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, seuls à l'œuvre au niveau de la réalisation et du scénario. Ce dernier nous montre George Abitbol (John Wayne), alias l'homme le plus classe du monde, périr sur un bateau, ses derniers mots sont "Monde de Merde".

Dave (Paul Newman) va être en charge par son rédacteur en chef d'enquêter sur la signification de ces derniers mots. Il sera épaulé par Pétère/Peter (Dustin Hoffman) et Stévène/Steven (Robert Redford), qui ne pensent qu'à boucler l'enquête en écrivant un article qui les rendra célèbres afin de "baiser des meufs". Ce n'est peut-être pas dit ainsi, mais vous voyez le principe.

On notera l'apparition de Orson Welles qui va râler, en indiquant comment l'enquête va fonctionner car il s'agit juste d'un plagiat de son film "Citizen Kane". Avec des flashbacks pour chaque protagonistes rencontrés. On aura même droit à un flashback d'un/e taureau/vachette. Les joies du montage offrant des milliards de faux raccords savoureux.

Ici, ça fuse, les répliques cultes affluent à une vitesse étourdissante, sans jamais nous gaver. Si "Ça Détourne" était limite frénétique, ici le rythme est bon. On tient les 70 minutes, et on explose de rire à de nombreux moments. Ce qui bluffe le plus, quand on passe sur l'excellente écriture des dialogues et le montage, c'est le travail de doublage. Ahurissant. La plupart des voix françaises sont celles des acteurs et actrices que l'on voit à l'écran. Julien Lepers y dit même une courte réplique.

Un peu comme pour "Vampires en toute intimité", ici ce sont les dialogues et les voix qui provoquent l'hilarité. En détournant les images de leurs intensions premières. Le décalage aussi entre les temporalités des films est extrêmement drôle. On passe du western au polar en passant par le film d'enquête, tout ceci à travers des œuvres produites originalement entre 1952 et 1980 (la liste de tous les films est sur wikipédia). Peter et Steven viennent de "Les Hommes du Président" de 1976, alors que je pensais que ça venait de "Le Lauréat".

Ce téléfilm possède un nombre incalculable de répliques devenues cultes. De moments mémorables aussi. Et sur cette trilogie, c'est la seule œuvre qui propose un divertissement efficace sur toute sa durée. On sent que les 2 premiers courts métrages sont des "brouillons". Propres, mais ayant trop de rythmes ou d'incohérences pour être très agréables. Ceci dit, ce sont des téléfilms qui restent sympathiques à découvrir, mais pas comme je l'ai fait. J'ai en effet vu "La Classe Américaine" avant les deux autres, et c'est une erreur tant la montée en puissance est violente.

Au final, on passe un peu plus de 2 heures (si on regarde tout) agréables. En commençant bien par "Derrick contre Superman" et en suivant la chronologie par contre. On retombe en enfance si on a connu les années 90. Sinon, bah vous découvrirez plein de choses marrantes. Le deuxième segment est très daté je trouve, la faute à son positionnement en parodie de "Ça Cartoon", émission disparue depuis moult années. Sinon, le reste fonctionne, même 30 ans après. En plus, c'est gratuit, bien que à la limite du piratage. Le support vidéo (VOD, Streaming ou physique) n'existant pas pour des questions logiques de droits (allez donc demander les droits pour chacun des films...), on est à la frontière du piratage. Un excellent divertissement, et si vous ne devez en voir qu'un, c'est évidemment "La Classe Américaine" qu'il faut voir. J'ai énormément aimé et rigolé.

@+

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