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Cultivons la curiosité

Bons baisers de Russie

Bons baisers de Russie

Après son arrivée remarquée (et remarquable) dans les salles obscures, James Bond allait voir ses aventures adaptées de façon métronomique. En effet, entre 1962 et 1989 se seront pas moins de 16 films sous licence (laissons de côté « Jamais plus Jamais ») qui sortiront. Soit environ 1 film tous les 2 ans.

 

Ce rythme sera même porté à 1 adaptation annuelle au début. Les 4 premiers films s’enchaînent à un rythme effrénés, presque effrayant. Ainsi, après le très bon « James Bond contre Dr. No » de 1962, on reprend les mêmes et on recommence.

 

Ironie de la chose, si « Bons baisers de Russie » est bien la suite cinématographique de « James Bond contre Dr. No », les romans sont en vérité inversés. Ian Flemming sort « From Russian with Love » (titre original) en 1957, soit une année avant « Dr. No ». D’ailleurs, petite précision, j’ai regardé les 2 bonus de ce DVD. J’y ai appris pas mal de choses sur Harry Saltzman, un des deux producteurs, dont un documentaire de 26 minutes lui est consacré.

 

Mais aussi sur le film en lui-même à travers un documentaire de 33 minutes. Ce dernier indique les nombreuses difficultés éprouvées lors du tournage qui eu lieu d’Avril à Août 1963, soit l’année même de la sortie du film. Sans parler des reshoot à la pelle qui eurent lieu.

 

Il se trouve que je regarde assez peu les bonus normalement, mais là, c’était passionnant, notamment la phase de casting, avec beaucoup d’actrices issues des concours de beauté, dont des dauphines de Miss Univers, rien que cela. Mais aussi et surtout le destin tragique de Pedro Armendáriz. En plus, l’acteur Mexicain joue un rôle attachant dans le film, mais j’y reviendrai un peu plus tard.

 

Concernant le documentaire sur Harry Saltzman, il est évidemment promotionnel, indiquant que l’homme était grandiose, grande gueule, mais gentil. Une sorte de volcan, calme, mais capable d’exploser (les intervenant.e.s emploient plus le terme de « vague »). On découvre ainsi que le côté loufoque de certaines idées sont de lui. Alors que son ami et coproducteur Albert R. Broccoli est plus calme. Ce second documentaire est lui aussi sympathique.

Vidéo de Films YouTube

Mais quid du film ? On retrouve bien évidemment Terence Young derrière la caméra, ainsi que Sean Connery dans le rôle de l’agent 007. Le compositeur change, nous passons de Monty Norman à John Barry, sans que je n’ai remarqué un changement choquant.

 

Tout d’abord, plusieurs points vitaux de la saga interviennent dès ce film. Le générique de début, recherché. Bon, ici c’est une femme, dont nous ne verrons jamais le visage, qui effectue une danse du ventre avec impression du crew du film sur son corps à l’aide d’un jeu de lumière habile. Honnêtement, il n’y a rien de foufou, mais pour 1963, c’est une grosse nouveauté.

 

On y trouve aussi un générique, de Matt Monro, dont je ne me souviens plus, mais peu importe car l’autre arrivée majeure et réjouissante, bien que rapide, est celle de Q (Desmond Llewelyn). Pas de gadget de dingue, mais une présentation d’une mallette piégée, et d’une carabine compacte. Si vous avez apprécié le côté sobre en gadget de la version Daniel Craig, vous ne serez pas dépaysé.e.s.

 

Bref, ce film introduit des choses bien connues des fans actuel.le.s, et c’est marrant de constater qu’en 1963, il y avait déjà tout cela. À priori c’est sous l’impulsion du producteur Harry Saltzman comme indiqué dans le documentaire bonus.

 

Tout débute par une salle immense. Une partie d’échec se déroule, et après quelques coups, Kronsteen (Vladek Sheybal) remporte la victoire par un déplacement audacieux. Cependant, le vainqueur a mieux à faire. Son chef, Blofeld (Anthony Dawson pour le buste et les mains, Eric Pohlmann pour la voix) numéro Un du SPECTRE, lui a demandé d’élaborer un astucieux plan pour récupérer un Lektor. Une sorte de machine à écrire permettant de décrypter les messages des Russes.

 

Pour cela, le joueur d’échec, numéro 5 du SPECTRE, a une stratégie consistant à faire récupérer par les services secrets Britanniques, ladite machine. Histoire de monter Russes et Britanniques les uns contre les autres, la numéro 3, colonel Rosa Klebb (Lotte Lenya) va devoir trouver deux agents doués. Un pour mener James Bond par le bout du… euh, séduire Bond, et l’autre pour récupérer auprès de 007 le Lektor, en l’assassinant.

 

En effet, Blofeld n’a toujours pas digéré la défaite de son organisation, ainsi que la perte du Dr. No. Du coup, le plan de son numéro 5 est parfait, Britanniques et Russes se mettent sur la tronche, Bond meurt, et le SPECTRE récupère le Lektor pour en tirer un bon prix.

 

Klebb va engager une espionne Russe au physique avantageux, en omettant de lui parler de son départ du SMESH (je crois que ce sont les services secrets Russes) pour SPECTRE. Tatiana Romanova (Daniela Bianchi) accepte de servir son pays, même si elle sent que c’est plus pour son physique que ses capacités d’espionne qu’elle est choisie.

 

Auparavant, la numéro 3 de SPECTRE aura sélectionné un monstre d’efficacité en la personne de Donald Grant (Robert Shaw, impressionnant bien des années avant « Les dents de la mer »). D’ailleurs, nous connaissons déjà ce grand gaillard, vu qu’il avait assassiné un faux James Bond dans la scène pré-générique du film.

 

Tandis que James essaye de se détendre avec une amie, miss Moneypenny (Lois Maxwell) le somme de revenir au MI6. Une mission de la plus haute importance doit lui être confiée. Alors, contrairement au film précédent, l’urgence est relative. C’est ici que nous découvrons Q, présenté par M (Bernard Lee), le chef du MI6.

 

James se retrouve en Turquie, où il retrouve son ami Kerim Bey (Pedro Armendáriz) qui dirige la branche T des services secrets Britanniques. Le pauvre homme se retrouve souvent attaqué par des attentats, ses hommes (qu’il nomme ses « fils ») sont toujours suivis par les Bulgares, les Serbes, parfois les Yougoslaves. Il s’en incommode, il faut dire que l’homme possède un harem impressionnant.

 

Nous allons ainsi suivre James Bond à travers Istanbul, qui ira parfois dans les tréfonds de la ville Turque. Il assistera à un spectacle Tzigane peu conventionnel. Deux femmes devant se battre à mort pour épouser un homme. Celle-ci finiront dans le lit de Bond. Sans déconner. Mais avant cela, Grant aura poussé un général Bulgare à attaquer le camp Tzigane. La scène d’action est spectaculaire pour le coup. Et parfaitement claire même si elle se déroule de nuit.

 

Le plus intéressant reste le passage dans l’Orient-Express. Après quelques péripéties, James récupère le Lektor et Tatiana (l’une avant l’autre bien entendu). Et va rejoindre l’Italie avec Kerim et Tatiana. Seulement, nous sommes en 1963. L’Europe et l’espace Shengen n’existent pas. Enfin, l’Europe si, mais pas pour la Yougoslavie. Oui, ça fait bizarre de voir la carte indiquer que Zagreb est en Yougoslavie et qu’il y a un poste frontière entre l’actuelle Croatie et l’Italie.

 

D’ailleurs, le déplacement de l’Orient-Express sur la carte est bien fait je trouve, on y constate la lenteur avec laquelle le train se déplace. Et évidemment, c’est durant ce voyage que Grant va passer à l’action. Avant le poste frontière Italien. On aura droit à une grosse bagarre dans les cabines couchettes du train. Ici aussi c’est bien chorégraphié, quoique un peu brouillon par moment. Reconnaissons cependant que le scène est violente, presque angoissante.

 

Le film dure environ 1h50, et pourtant on ne s’ennuie pas. La façon dont James et Tatiana échappent au poste frontière est, bizarre. Genre le collègue de Grant a mis un camion de fleurs sur le passage à niveau. Ceci a du mal à passer aujourd’hui, mais passons. Ensuite arrive la chasse en hélicoptère. Le documentaire sur le film indique que c’est un hommage à « La mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock. La scène est pénible honnêtement. Le pire étant qu’elle fût dangereuse à filmer.

 

Tout comme le bouquet final, quand James et Tatiana partent pour Venise avec un bateau. Blofeld est déçu par ses sbires et fait assassiner l’un des deux numéro. Il tâche le second (ou la seconde) de réparer cette erreur, et demande à ses hommes de récupérer le Lektor à ses hommes présents en mer Adriatique. James a du mal à s’en débarrasser, mais y parvient grâce aux tonneaux de carburant présents sur le bateau.

 

L’explosion impressionne, elle est réelle. Et on apprendra qu’elle fût difficile à filmer. Terence Young et une partie du crew manquant de périr lors d’une reconnaissance en hélicoptère. D’ailleurs, je n’ai pas bien compris l’artificier expliquant qu’il a fait venir dans la nuit d’autres explosifs car ils avaient tout fait péter lors des répétitions.

 

Si vous croyez l’histoire finie, il n’en est rien. Il reste le dernier numéro, qui, à Venise, essaye de subtiliser le Lektor tout en assassinant James. La scène est presque comique, je ne sais pas, mais voir ce personnage s’agiter alors qu’il est coincé derrière une chaise pour poignarder James avec sa chaussure au couteau empoisonné… enfin bon. Ah, si, le dernier plan est moche. On voit que c’est une vidéo de la baie de Venise qui passe derrière le bras de Sean Connery. Qui en profite pour se débarrasser de la sex-tape, vous comprendrez en voyant le film.

 

Je pense que la longueur de cette chronique vous donne mon ressenti sur ce film. Certes, j’ai révélé beaucoup de choses. Mais il vous en reste à découvrir. Moi qui n’ai jamais trop aimé les James Bond, j’avoue qu’entre « James Bond contre Dr. No » et ce « Bons baiser de Russie », bah c’est très plaisant en fait. Bien réalisé, avec un scénario inutilement complexe par moment, mais qui pourtant arrive à se suivre, j’ai passé un bon moment.

 

On peut regretter le côté très machiste, limite misogyne, du film. C’est clairement d’une autre époque que je voudrais voir révolue de nos jours. Hormis ce défaut, et un petit problème de technique sur la fin (la vidéo de Venise), c’est très bon. Kerim Bey est attachant comme personnage, et le passage dans l’Orient-Express s’avère prenant. Tout comme en Turquie. J’ai étonnamment beaucoup aimé ce film et vous le conseille.

 

@+

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