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Cultivons la curiosité

Perfect Blue

Perfect Blue

Nous voilà déjà face à un film d'animation japonais culte. Cette fois-ci c'est KON Satoshi qui est à l'honneur dans ce mois spécial cinéma sur Ashou. Et c'est pourtant une ambiance totalement différente de la fable signée MIYAZAKI Hayao. Tout comme le film vu hier, je découvre cette œuvre juste avant d'écrire cette chronique. Pourtant, j'adore KON Satoshi, entre "Tôkyô Godfathers" et "Paranoia Agent", ce réalisateur malheureusement disparu m'a marqué. Il est très fort pour raconter les différents maux psychologiques dont l'humanité est parfois atteinte.

Ainsi, me voilà face à un dilemme, tant il est délicat de parler de ce court film (seulement 1h18) sans en révéler mon interprétation. Le film peut se voir de multiples façons, et c'est à vous de déterminer ce que raconte l'histoire. Mais d'ailleurs, qu'en est-il de cette histoire ?

Vidéo de Kazé

Alors qu'elle vient d'avoir 21 ans, l'idol Mami décide d'arrêter de chanter dans son groupe, les Cham, pour se consacrer à une carrière d'actrice qu'elle pense plus intéressante. Malgré les réticences d'une de ses manager, la jeune femme va donc mettre fin à sa carrière d'idol pour percer le milieu du cinéma et des séries. Quitte à débuter petit.

Alors que son ancien groupe atteint enfin les charts, Mami galère dans sa nouvelle carrière. Elle ne doit se contenter que de 3 plans dans une série policière, et acceptera de faire des photos de nu pour continuer à exister. Ce qui lui offrira un peu plus de texte dans ladite série, ainsi qu'une scène horrible qui pourrait bien faire décoller sa carrière.

Le problème intervient quand un des fans de Cham, qui voue un culte fou à Mami, décidera d'évincer quiconque salit l'image de son idol. Et quand je dis évincer, c'est bien de meurtre dont il s'agit. Dès lors, Mami va s'embourber dans une schizophrénie qui lui fera même douter de ce qu'elle fait dans ses périodes d'amnésie.

C'est résumé rapidement, car en vérité, on n'arrive pas à savoir où est le réel, et où est le fantasme ? Ainsi, le début du film nous présente Mami comme une jeune femme un peu timide, qui ne sait pas vraiment ce qu'elle veut faire. Alors que son groupe décolle à peine, un événement mettant en scène les fans des Cham et des "voyous" aimant bien jeter des canettes sur les idols, va certainement quelque peu effrayer Mami, qui décidera de prendre l'opportunité d'actrice que lui offre Tadokoro, son second manager. Rumi, l'autre manager de Mami, n'est pas enthousiasmée par cette idée. Elle pense que Mami s'épanouira plus comme idol, car elle aime chanter, il n'y a qu'à voir comment elle rayonne sur scène.

Seulement, quand une idol essaie d'intégrer un monde adulte, elle le fait par la petite porte, et souvent les clichés apparaissent. Ainsi, ce n'est qu'après avoir fait des photos de nu, que Mami obtiendra que son rôle soit un peu plus étoffé dans la série policière. Cependant, la façon dont ce rôle s'étoffe est à contre courant de ce que les idols ont l'habitude de montrer.

Ainsi, KON Satoshi s'intéresse au monde des idols, mais il le fait à sa manière. De façon brute et peu reluisante. Rien n'est épargné aux téléspectateurs et téléspectatrices. Nous sommes loin, très loin du monde tout joli des idols, et on va donc suivre cette tentative de reconversion qui va sombrer dans un cauchemar pour Mami.

Le réalisateur met en image le roman de TAKEUCHI Yoshikazu (dont le script est adapté pour le cinéma par MURAI Sadayuki), et de ce matériaux, il nous offre une plongée dans les différents maux psychologiques de l'humanité. Ainsi, en première lecture/vision, on peut voir la fille perdue, qui ne sait pas ce qu'elle veut faire et se retrouve contrainte d'accomplir des choses qui ne lui plaisent pas. On a aussi le scénariste qui profite d'avoir une idol pour détruire en quelque sorte ce mythe, à travers la scène horrible qu'il est tout excité de proposer. Le fan hardcore, qui voue un culte à SON idol, prêt à tuer pour que l'image de celle-ci soit redorée. Même prêt, et là je n'ai pas bien pigé pourquoi, même prêt donc à la violer pour la faire revenir dans le droit chemin. Dans la dernière partie du film, un autre personnage se révèle être quelque peu dérangé. Mais là, c'est à vous de le découvrir.

Avant de passer à la partie "révélations" (ou "spoiler" au choix), parlons un peu du film en lui-même. De la technique déjà. Il a 21 ans, et même si la version DVD HK Vidéo que je possède est remasterisée depuis une copie neuve, le film accuse les décennies. Le chara design reste très bon, mais l'animation est beaucoup plus jolie et fluide de nos jours. Cependant, en aucun cas cela ne nous sortira du film. Le film ne nous épargne rien, scène de nu, de meurtre, violence, ce n'est pas pour rien qu'il est déconseillé au moins de 12 ans. De plus, KON Satoshi s'amuse avec la réalité, mêlant habillement scénario de la série dans laquelle joue Mami avec la réalité, ce qui fait que l'on ne cesse de se poser des questions. Le film est intense, et nous plonge dans un monde que l'on pourrait croire joyeux et coloré, mais qui est l'inverse, sombre et triste.

Pour la suite, si vous ne voulez pas vous prendre de méchants spoilers dans la tête, vous pouvez passer au dernier paragraphe de cette chronique. Car là, je vais en dévoiler pas mal, peut-être même trop, et ceci vous gâcherait le plaisir de voir ce film, mais surtout, votre façon de l'analyser.

Donc, maintenant, passons aux révélations, bon, je ne vais pas tout raconter, je vais juste vous donner ma façon d'interpréter le film. Il se trouve que la fin nous révèle que la manager de Mami est un peu nostalgique de son passée d'idol. Du coup, si on peut interpréter le film comme le fait que Rumi se projette en la jeune Mami, et donc fait tout pour prendre sa place à la fin (quitte à la tuer), je pense différemment. En effet, si on analyse bien la fin, on voit que Rumi se voit en Mami, et que KON s'amuse avec le changement de physique de cette première, comme pour nous indiquer que Mami est Rumi jeune. Ainsi, je l'analyse ainsi du moins, Rumi finit dans un hôpital psychiatrique, continuant de se voir en Mami dans le miroir. Ce même miroir qui est la dernière image du film, montrant Mami regardant son rétroviseur et indiquant qu'elle sait qu'elle est la vraie Mami. Bon, là je m'embrouille un peu, mais en gros, tout ce que l'on voit dans le film, est le passé de Rumi. Elle a décidé, à cause d'un manager persuadé qu'elle pouvait être actrice, de laisser tomber sa carrière d'idol. Alors que ce qui lui plait par dessus tout est de chanter. Rumi le dira souvent à Tadokoro, "Mami aime chanter". Un peu comme si elle essayait de changer le passé.

Le pire étant que la jeune ex-idol verra son groupe devenir populaire au moment où elle quitte celui-ci. Du coup, pour ne rien regretter, Mami acceptera n'importe quoi, même des photos de nus, ou une scène de viol. Celle-ci est particulièrement gore. Surtout avec la pause du milieu et l'excuse de l'acteur. On peut dire que Rumi a été violée, que ce soit comme actrice ou danseuse dans un bar, c'est libre d'interprétation là. Dès lors, le scénariste de la série l'indique d'ailleurs, le personnage va complétement changer. Du coup, on peut faire le rapprochement entre la galère de Rumi, son viol, et sa soudaine envie de justice, allant jusqu'à tuer le photographe l'ayant prise nue, le scénariste imposant le viol, son manager qui l'a poussée à devenir actrice, et très certainement le fan hardcore car celui-ci a rendu effrayante une carrière d'idol. En gros, on assiste tout le long du film aux souvenirs "magnifiés" par la mémoire de Rumi. Présentés dans un ordre non-chronologique. La fin la montrant essayant de mettre un terme à son existence en se taillant sur du verre, en vain, ou en essayant de se jeter sous un camion, en vain aussi. Pour moi, Mami est Rumi et inversement. Et nous assistons à la mécanique du cerveau de la jeune femme, qui s'est quelque peu enrayée à la suite d'un choc, que l'on devine comme étant le viol.

Les preuves sont plutôt faciles à voir, en effet, déjà les appartements de Mami et Rumi sont identiques. La manager est une ancienne idol qui a échoué, comme le dit Tadokoro. mais la plus belle preuve reste le site "Chez Mami". Site qui décrit le quotidien de la jeune femme, et tenu par Mamimaniac, son fan le plus hardcore. Or, qui montre à Mami comment y accéder ? Rumi. De plus, les sentiments exprimés sur ce site sont beaucoup trop personnels pour qu'un fan, même hardcore, puisse en dire tant. Je pense qu'il y a un message avec les poissons, un coup vivants, un coup morts, puis de simples objets, mais je n'ai pas encore bien pigé le truc. Après, on peut aussi sortir une autre analyse (ne cherchez pas, il y en a une tonne, d'où le fait que personne n'a tort et personne n'a raison), comme quoi Mami est une jeune femme normale, aimant chanter, mais qui va se faire violer et dès lors tomber dans une maladie mentale cherchant à la protéger, où elle s'imagine avoir été une belle idol qui aura fait de mauvais choix et qui va se venger de ses violeurs. Quitte à créer des personnages comme Mamimaniac, Rumi ou le photographe (remarquez le trait commun du strabisme que possède ce trio) dans sa tête, afin de rendre crédible sa version. Comme si son cerveau se protégeait en affabulant le viol, en créant une histoire pouvant protéger la psyché de Mami. Ce qui ne l'empêchera pas de tenter de mettre fin à ses jours. Enfin bon, trop d'interprétations possibles.

Du coup, ce film vient de bien me retourner le cerveau. On peut l'analyser de diverses manières, mais au final, ces 78 minutes ne peuvent pas vous laisser indifférent.e.s. L'animation n'est pas top, mais reste efficace. Les doubleuses et doubleurs sont excellent.e.s en VO, et au final, on se retrouve happé par un KON Satoshi capable de parler du monde des idols et des actrices/acteurs, tout en dénonçant des déviances évidentes. Comme le fait d'être un peu trop fan, de critiquer facilement (n'est-ce pas ainsi que débute le film ? ), mais aussi des capacités que le cerveau possède pour "protéger" sa personne suite à un événement traumatisant. Même si ça marche difficilement (au final certaines personnes restent bien vivantes). Bref, un film à voir, et même à revoir. Qui vous fera vous poser des questions, des tas de questions. Un film qui reste en tête, et que j'ai pris un grand plaisir à voir et que je continue à essayer d'analyser dans ma tête. Un film marquant, sublime, immense. J'ai adoré.

@+

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D
Perfect Blue est un grand film qu'il faut voir au moins une fois dans sa vie.<br /> Comme tu l'a dit, le film a plusieurs interprétations possibles. Pour ma part, je pense que le film parle avant tout de confiance en soi et de l'image qu'on représente en société, ainsi que de la maturité comme tu l'a mentionné. <br /> Je viens justement d'en faire un article sur ce film, n'hésite pas à le lire pour avoir ma vision du film !
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