Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Cultivons la curiosité

Léon

Léon

Après le succès de "Le Grand Bleu", Luc Besson gagne enfin ses gallons de réalisateur reconnu, et il aura désormais plus de facilité pour faire des films, pas forcément plus personnels, mais avec un budget conséquent, digne de ses ambitions de cinéaste. Ainsi, "Léon" marque une orientation étasunienne du cinéma du Français. Cast anglophone, New York en lieu de l'action, et malgré tout une production Française de Gaumont et Les Films du Dauphin.

En regardant bien la filmographie de Luc Besson, on pourra même dire que "Léon" représente le sommet de sa carrière en terme de qualité. Avant d'offrir une œuvre de Science-Fiction fortement inspirée de "Valérian", mais plus grand public que le film du jour, avec "Le Cinquième Élément", ce film n'étant pas mauvais mais amorçant la chute inexorable d'un cinéaste pourtant prometteur. On l'a vu, c'est avec son passage à la production, disons son passage plus actif à la production, que Besson va péricliter.

Ce sont souvent des scénarii insipides que le cinéaste produira, les siens d'ailleurs. Pourtant, comme avec "Nikita", Luc Besson signera ici avec "Léon", un scénario prenant, tendu, avec des personnages loin d'être parfaits, mais très attachants.

Vidéo de Gaumont

Petite histoire. Léon est un tueur à gage qui excelle dans son art. Tony lui offre des contrats à accomplir, et le grand gaillard peu causant et vivant simplement s'en charge. Woh, il ne roule pas sur l'or, l'argent qu'il gagne ainsi ne lui sert à rien et est gardé par Tony, mais il ne sait faire que cela. Ses seules passions sont, s'occuper de sa plante, et aller voir une énième rediffusion cinématographique de "Chantons sous la pluie".

Notre héros vit dans un appartement miteux, mais s'en contente. Il croise souvent Mathilda, jeune fille de 12 ans entrant dans l'adolescence, qui est la cadette d'un famille dont le père baigne dans le trafic de drogue. Elle est battue, ne va plus à l'école, et ne pense qu'à s'occuper de son petit frère pour lui offrir une vie meilleure.

Un jour, le père de Mathilda semble avoir essayé de rouler un homme dangereux. Celui-ci lui laisse jusqu'au lendemain midi pour lui indiquer qui a volé, ou coupé, sa came. Le patriarche flippe un peu, mais ne tient guère compte de cette mise en garde. Alors que Léon sympathise rapidement un peu plus avec Mathilda, qui se propose d'aller récupérer son lait quotidien, l'homme dangereux revient, avec des collègues, et en ayant l'intention de montrer sa force.

Tout ce petit monde assassinera la famille de Mathilda, n'hésitant pas à abattre le petit frère de celle-ci. Léon n'intervient pas, pas de vague. Seulement, la jeune fille revient de chez l'épicier et, constatant le massacre, va garder son calme et essayer de trouver refuge chez son voisin. Dès lors, Léon, sans le savoir, va s'encombrer d'une amie qui va lui redonner goût à la vie. Mathilda ayant la ferme intention de venger son petit frère en assassinant elle-même (elle n'a pas l'argent pour engager Léon) l'homme qui a tué son frangin.

Le film sort en 1994, dans une version édulcorée. 1h50. C'est ce montage que j'ai découvert en VF sur un support qui prête à rire, la cassette vidéo. La réalisation nickel, la violence montrée, le fait qu'un personnage, pourtant un assassin, puisse être aussi attachant, le grand méchant qui fait forcément partie de la police (la DEA pour être précis, on reconnait bien Besson et sa haine du policier ici), bref, tout m'avait étonné, et quand on a 14 ans (je crois bien avoir découvert ce film en 1996, peut-être 1995), c'est impressionnant.

Aujourd'hui, c'est dans sa version dites "longue", de 2h14, et en VOSTFr, que j'ai revu ce film. Et si ma mémoire n'a pas perçue toutes les différences, on trouve des petites scènes supplémentaires permettant de voir la détermination de Mathilda, le fait qu'elle fume beaucoup, et qu'elle comprend le pouvoir attractif qu'une femme peut avoir. Ah, et aussi le pouvoir de l'argent. Sur le boîtier du BluRay, il est indiqué que si il y avait eu 25 minutes en moins, ce sont des scènes violentes et ambiguës qui furent coupées.

Car en effet, si dans le montage de 1994, on pense plus à un père et sa fille, il faut reconnaître que Luc Besson laisse peu de place au doute quand à la volonté de Mathilda d'être la femme de Léon. De nombreuses petites scènes vont dans ce sens, tout comme certains dialogues. Pire, les dernières paroles que Mathilda entendra de Léon, laisse penser qu'il accepte de prendre Mathilda comme compagne, alors que dans le premier montage on n'a pas cette ambiguïté. De plus je n'avais pas le souvenir que la fin voyait Mathilda retourner à la maison de "redressement", et ce dialogue avec la directrice, qui semble bienveillante. Mais ma mémoire me joue peut-être des tours.

Il se trouve que Luc Besson trouvera le cheminement idéal pour nous présenter tous ces personnages. Léon paraît froid et taciturne au début, mais finalement on se retrouve face à un homme que la vie a blessé il y a longtemps, qui n'a pas suivi d'éducation (il ne sait ni lire, ni écrire avant de rencontrer Mathilda) et qui vit sobrement. On se demande comment un homme de son milieu peut arriver à éduquer une jeune fille, certes débrouillarde, comme Mathilda. D'ailleurs, c'est ce rôle qui révélera la talentueuse Natalie Portman aux yeux du monde. Alors âgée de 13 ans, l'actrice montre des qualités éblouissantes. Tout comme le reste du cast, Jean Reno, Danny Aïello et Gary Oldman.

Comme souvent chez Besson, le scénario n'a rien de complexe, et peut se résumer ainsi, c'est l'histoire d'une vengeance qui poussera un tueur à gage taciturne et solitaire, à aider une jeune fille. Mais des tas de choses viennent s'imbriquer. Le fait que l'ennemi, un gros poisson, soit un agent de la DEA notamment. Ce qui permettra d'offrir une scène finale d'assaut spectaculaire, où un homme seul va tenir tête à une escouade du S.W.A.T. Les hommes de cette section spéciale d'intervention croiront en une intervention facile, avant de paniquer quelque peu devant la force de leur adversaire.

On suivra surtout l'évolution de ce duo improbable. Mathilda trouvant en Léon une figure protectrice qu'elle n'a jamais trouvé dans sa famille, et qu'elle n'a pu être pour son petit frère. Le tueur à gage, quand à lui, trouve une alliée un peu envahissante, mais qui réchauffera son cœur. Il se chargera de lui apprendre ce qu'il sait, à savoir comment tuer des gens efficacement. Je repense à ce dialogue, quand ils sont contraint de fuir le premier appartement car Mathilda a poussé Léon à l'aider en tirant par la fenêtre. Et ce dialogue qui se termine par "- Et arrête de dire OK, OK ? - OK", qui montre le côté puéril des deux protagonistes, car Léon ne relève pas qu'en répondant ainsi, elle dit l'inverse.

La violence, surtout dans cette version "longue" est crue. On ne verra pas des tripes, on ne verra pas des explosions sanguinolentes, mais l'assassinat de la famille de Mathilda est choquant c'est vrai. Le film se termine sur une grosse poussée émotionnelle, qui ne devra pas manquer de vous arracher des petites larmes.

Au final, "Léon" est la plus grande réussite de Luc Besson. En 25 ans, le film n'a pas pris une ride, ceci est encore plus flagrant dans cette version BluRay somptueuse. Ce n'est pas pour rien qu'il fait partie de ce mois spécial cinéma culte sur Ashou. Car oui, avant de proposer des scénarii insipides, ou des films sans saveurs, Luc Besson était le cinéaste Français le plus talentueux de sa génération. Et "Léon" le prouve avec brio. Un film à voir et posséder. J'ai adoré.

@+

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article