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Cultivons la curiosité

Elephant

Elephant

Comment parler d'un acte traumatisant au cinéma, et ce alors même que les plaies ne sont pas totalement fermées. En 2002 Michael Moore en fera un film documentaire cinglant sur les ventes d'armes aux États-Unis d'Amérique. Il ne faudra attendre qu'un an de plus pour que Gus Van Sant lui emboîte le pas avec "Elephant". Ledit acte est la tuerie qui eut lieu au lycée de la ville de Columbine en 1999. Les personnes (dont je fais partie) qui ont vu les informations ce 20 avril au soir (oui, le décalage horaire fait qu'on a su ça le soir) se rappellent ces voitures de police, ces adolescents en pleurs.

Il faut dire qu'ayant eu 17 ans 1 gros mois avant, je m'identifiais pleinement à ces lycéens et lycéennes. Bon, ce n'est pas dans ma ville (ou même en France) que ça pouvait arriver, mais la compassion était bien là. Du coup, les œuvres traitants de cet attentat me marquent un peu plus. Si Michael Moore dénonçait et tournait cela avec un humour sombre, Gus Van Sant y va franco. Pas de détours, une mise en scène sobre, et une violence qui surgit dans les 10 dernières minutes suffocantes.

Vidéo de CritiqueFilm

L'intelligence du film est de nous proposer des scènes du quotidien d'élèves du lycée. Ainsi on débute par John, qui arrive en retard la faute à son père alcoolique qui zigzag sur la route. Poussant le jeune garçon à agir comme un adulte alors qu'il devrait juste se contenter d'aller étudier normalement et ne se soucier de rien d'autre.

Ce sera comme ça tout le long du film. On suivra de façon tranquille (le rythme est très lent, voire mou) un élève, ou un groupe d'élève, montrant leurs problèmes, leurs travers aussi, et la violence scolaire que peut apporter ce milieu.

C'est ce qui poussera Eric et Alex à acheter des armes sur internet et à commettre une tuerie horrible. À la fin du segment de John, on voit les deux assassins arriver au lycée et lui conseiller de fuir, qu'il va y avoir un massacre.

Cependant le réalisateur joue avec nos nerfs en ne montrant rien de la fusillade. Au début du moins. Il revient en arrière et montre tout son talent de mise en scène en faisant croiser les chemins des élèves que nous suivons. Ainsi, on verra trois fois la même scène du couloir où John se fait prendre en photo par Elias. Et ceci alors que Michelle passe derrière en courant.

Cette façon de tout emboîter prend tout son sens une fois introduits Eric et Alex. Le pire étant que l'un des deux est très bon, il sait jouer du piano, mais à force d'être brimé par ses camarades de classe (les sportifs surtout), il finira par commettre l'irréparable. Le duo d'assassin sait qu'il part à la mort, à la vue des paroles qu'ils s'échangent le matin du massacre.

La façon dont celui-ci est amené est puissante. On voit des bribes de ce que vont accomplir les deux amis. À travers leur briefing. Et puis on assistera à la scène. Mais avant ça, on aura appris à connaître, aimer, voire trouver pitoyable (les 3 filles qui ont trop mangé...) tous ces personnages. Et ceci à travers de très long plan séquence. Nous ne sommes pas face à un film de Michael Bay qui change de plan toute les demi-secondes. Non, ici un plan dure 2, 3 voire 4 minutes.

On admire le réglage minutieux qu'une telle mise en scène exige. C'est pourquoi le film est captivant. Même si on ignore ce qu'il s'est passer à Columbine, la fin du passage introductif avec John nous intrigue. On devine forcément que quelque chose d'horrible va se produire devant la panique du personnage. Bon, on passera les raccourcis un peu trop faciles sur le jeu vidéo. En effet, alors qu'un des deux futurs assassin joue du piano, l'autre s'adonne à un FPS un peu débile, et complétement vide, qui consiste à tuer des gens dans un univers blanc. Moui. Une critique un peu facile du média vidéoludique, mais peu importe, ceci ne nous fera pas sortir du film pour autant.

Car les 10 dernières minutes sont horribles. Sans virer dans le gore, on nous montre la cruauté de la tuerie. Le côté hasardeux du choix des cibles. On voit des personnages que l'on a suivi jusque là. À vous de découvrir si ils survivent ou non. Puis arrive un jeune garçon, assez sportif, qui aura un courage monstrueux, aidant les autres à fuir et essayant de comprendre ce qu'il se passe en se dirigeant vers les coups de feu. Seulement ici nous ne sommes pas dans un comics, ni même un jeu vidéo, et ce garçon va mourir de façon cruelle alors qu'il était extrêmement courageux.

Voilà, 78 minutes se sont écoulées et on en ressort marqué. Le film a un rythme volontairement lent, et l'œuvre de musique classique qui intervient de temps en temps s'avère déprimante. Donnant au film une atmosphère sinistre, pesante. Pourtant il fait beau, les élèves semblent heureux, en apparence. Car Gus Van Sant arrive à parler des maux scolaires. Brimades, anorexie, mal être, autant de soucis que connaissent tous les adolescents. Sauf qu'ici, ce sont les États-Unis d'Amérique, où l'on peut facilement se procurer une arme. Et le réalisateur arrive brillamment à mettre tout ceci en scène. En très peu de temps il montre tout. À travers une boucle temporelle, à travers une mise en scène qui montre la même chose sous différents angles. Bref, c'est une œuvre impressionnante du cinéma, se basant sur un acte horrible, inimaginable, mais qui eut pourtant bien lieu en 1999. Ce film vous marquera, à coup sûr, que vous connaissiez ou non la tuerie de Columbine. Dont je vous invite à lire l'article très bien fait de wikipédia. Un excellent film à voir de toute urgence.

@+

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