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Cultivons la curiosité

Qui veut la peau de Roger Rabbit

Qui veut la peau de Roger Rabbit

Terminons donc cette semaine spéciale cinéma par le cross over le plus ambitieux du cinéma d'animation. Oui, Marvel a utilisé cet argument pour vendre « Avengers : Infinity War », mais là je parle de cinéma d'animation. Ce film est produit par Disney et voit Robert Zemeckis mener la difficile entreprise de mêler scènes animées avec humains, et inversement, scènes en prises de vues réelles avec des Toons. Un peu comme « Space Jam » si vous préférez. En quoi ce film est un cross over ?

 

Disney et Warner se tirent la bourre niveau animation. D'un côté on connaît toutes et tous Mickey, Donald, Minnie, et de l'autre, bah pareil, tout le monde connaît Bugs Bunny, Daffy Duck ou Porky. Du coup si je vous dit que ce film verra l'apparition de ces personnages, vous constatez qu'aujourd'hui ce serait bien délicat d'avoir ça sur nos écrans. Quoique au rythme où Disney rachète les studios, ils pourraient très bien racheter la Warner, après tout, pour la 20th Century Fox (et 21st Century Fox), c'était difficilement imaginable il y a à peu une dizaine d'années en arrière. Petite bande annonce.

Vidéo de Films YouTube

Dans un monde où les Toons sont des acteurs et actrices, dirigé.e.s par des humains, Roger Rabbit a du mal à être concentré sur son travail. Après une scène introductive montrant le boulot que fait Roger, divinement bien animée, on voit l'envers du décor, on constate que Bébé Herman est un daron en fait, du moins, comme il le dira plus tard dans le film, un cinquantenaire à forte libido avec un pénis de 3 centimètres. Et donc on constate que les humains et Toons cohabitent sans trop de problème.

 

Le détective Valiant (Rob Hoskins, Mario Mario dans le film live « Super Mario Bros. ») se voit confier la mission d'épier Jessica Rabbit, afin que l'acteur principal de Maroon (qui possède les studios du même nom), ouvre les yeux sur les infidélités de sa femme, la quitte, et se concentre à nouveau sur son travail d'acteur. Tâche que le détective de chez Valiant & Valiant accomplira. Ce qui provoquera chez Roger une immense tristesse, au point de disparaître un temps.

 

Le lendemain, Acme, dont le nom vous dit forcément quelque chose si vous regardiez les Looney Toons de chez Warner, est retrouvé assassiné, la tête écrasée par un coffre, prouvant que le meurtrier est un Toons. Ah, je n'avais pas dit, mais Jessica a été surprise par Valiant en train de faire picoti-picota avec Acme, un jeu pas très méchant mais qui semble être pire que si il y avait eu coucherie pour Roger. Ce dernier devient donc le suspect n°1 concernant le meurtre du propriétaire de Toon-Town, ville qui se retrouve donc orpheline et que la grosse entreprise Cloverleaf aimerait bien racheter pour des besoins dont on ignore tout.

 

Acme était en effet l'unique propriétaire de Toon-Town, et sans son testament, les Toons pourraient bien se retrouver expropriés. En attendant Roger a trouvé refuge chez Valiant, ce dernier va se retrouver contraint d'aider le lapin en menant l'enquête sur cette mort un peu bizarre, et surtout sur le fait que Cloverleaf cherche à tout racheter dans le coin. Ce qu'il faut savoir, c'est que le détective déteste les Toons, depuis que son frère (avec qui il a fondé Valiant & Valiant) a été tué par un personnage animé qui s'était servi d'un piano pour l'assassiner. Un personnage à la voix aiguë et aux yeux rouges...

 

J'ai une histoire particulière avec ce film. Attention, ça risque d'être chiant car ça ne parle pas trop du film. Dans ma jeunesse, l'arrivée du magnétoscope dans le foyer fût un événement incroyable. On ne dépendait plus de la télévision pour voir des films, mieux, à l'aide des vidéos clubs, on pouvait louer un film en cassette vidéo, et ainsi voir des films ayant quelques années. J'ai découvert les Retour vers le futur comme ça, les « Die Hard », et si entre 1991 et 1994 (de ce que je me rappelle des dates), nous louions beaucoup de film, à partir de 1995 ce fût plus l'achat de cassette qui alimenta le magnétoscope familial.

 

Dans ces films, il y avait « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? », film que nous avions loué un week-end, et je me souviens l'avoir vu avec mes parents, puis l'avoir revu le lendemain matin tant il m'avait marqué, tant l'animation était belle, tant mes personnages du « Ça cartoon » dominical étaient tous là. Pourtant j'avais été effrayé par Christopher Lloyd et son personnage du juge Doom. Je n'étais pas encore pubère alors Jessica ne m'inspirait rien du tout. Mais ce mélange d'animation et de prises de vues réelles m'avait fasciné. Je devais avoir 10 piges, peut-être 11, et depuis, je ne l'avais plus jamais revu.

 

Je me souviens aussi, et bien que je l'ai revu en VOSTFr cette fois-ci, d'une superbe VF, réunissant Guy Piérauld (Bugs Bunny), Arlette Thomas (Titi, que je surkiffe), Vincent Violette pour Mickey Mouse, et surtout Luq Hamet en Roger Rabbit. Luq Hamet, si vous ne le connaissez pas, a participé aussi au doublage de « Heart of Darkness » où l'on reconnaît son timbre particulier en sbire maladroit du méchant. Il était aussi l'animateur génial d'une émission pour enfants, sur Hannah Barbera (Scooby Doo notamment) si je ne dis pas de bêtises. Et l'acteur/animateur est juste parfait en doubleur.

 

Vous constatez que beaucoup de chose de ma jeunesse se retrouve ici. « Ça Cartoon », émission de Canal + en clair qui marquait la fin du week-end pour l'enfant que j'étais. Mais avant j'avais vu « Disney Parade », l'après-midi sur TF1 et présenté par Jean-Pierre Foucault et les Toons de Disney venaient parfois prêter main forte à l'animateur si je me souviens bien. Ensuite il y a carrément la voix d'un animateur dans ce film, Luq Hamet donc. Tout est lié, et quand tu es môme, c'est impressionnant de voir ça. Je me rappelle encore de la scène improbable de chute libre à Toon-Town, où Bugs Bunny et Mickey Mouse apparaissent. C'était fascinant de voir ces 2 univers réunis ici.

 

Le pire étant que 25 ans après l'avoir vu, 31 après sa sortie, ce film reste d'une efficacité incroyable. Il est vrai qu'il a un côté sombre. Lorgnant du côté des films noirs des années 40, l'action se déroule à Los Angeles en 1947, et il possède des scènes pouvant choquer. Mais dans l'esprit Toon. Donc toujours marrant. Un gosse ne prendra pas les allusions sexuelles concernant Jessica, les gags plus réalistes et assez violent comme la chute libre que j'ai déjà cité. Même le fait que les Toons peuvent mourir ne reste pas spécialement en tête des plus jeunes. J'avais surtout été marqué par Toon-Town et sa joie colorée, alors qu'en fait il s'y déroule pas mal de choses bizarres. J'avais gardé en tête Mickey et Bugs dans la même scène, sans constater que ce sont des connards ici. J'avais gardé un souvenir amusé de Titi, qui pourtant provoque la chute de Valiant. Bref, je l'ai vu avec des yeux d'enfants.

 

Le voir avec des yeux d'adultes permet de constater toute l'intelligence du scénario, qui n'hésite jamais à égratigner l'image des Toons, un peu trop insouciants. La façon dont le juge Doom (ou DeMort en VF) fait sortir Roger de sa cachette, l'idée du plateau de tournage pour un dessin animé, le rappel de « Fantasia », avec le saxophone, pfiou. Des easters eggs, vous allez en trouver des dizaines. Impossible de tout voir en une fois. Ce qui tombe bien, vu que VO et VF sont de même niveau. Malheureusement, si vous n'avez pas connu.e.s les émissions jeunesses du début des années 90, certaines voix, ou pire, certains personnages, ne vous parleront pas.

 

Cependant, aujourd'hui encore, le film est d'une efficacité diabolique. Adaptation du livre « Who censored Roger Rabbit ? » de Gary K. Wolf, ce film est captivant, beau (ici dans une version restaurée), possédant plusieurs sens de lecture. Il sera peut-être un peu choquant pour les plus jeunes, quoique si je prends mon expérience personnelle, j'avais été choqué par la chaussure, le rouleau, le Toon méchant, mais ça ne m'a pas fait faire des cauchemars plus que cela. J'avais surtout vu et retenu le côté Toons rigolos, et un mélange de live et animation superbe. Donc oui, c'est un classique, plus qu'un classique. Sur les 6 films que nous avons vus cette semaine, c'est le meilleur. Visible par petit.e.s et grand.e.s, où tout le monde trouvera quelque chose qui lui plaira, je vous le conseille. Un film à voir et posséder. N'ayez pas peur de le voir en VF, celle-ci est d'excellente facture. J'adore ce film.

 

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