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Cultivons la curiosité

Mon Ket

Mon Ket

Voilà un film que j'avais décidé de ne pas voir au cinéma. C'était l'an dernier. Car la première réalisation de François Damiens a une particularité sur laquelle je reviendrai. Mais d'abord, pourquoi voir un film que j'avais volontairement zappé ? Tout simplement car j'ai obtenu, suite à une commande sur Rakuten, un code pour un film gratuit en HD sur Rakuten TV. Voilà qui en fait beaucoup de Rakuten, mais la plateforme appartenant à un géant Japonais désormais, fonctionne très bien, pour la VOD comme pour la vente (c'est en fait l'ancien site Priceminister). D'ailleurs, c'est un nom que vous avez dû entendre entre noël et le jour de l'an, avec des connards et des connasses peu scrupuleux/scrupuleuses qui n'hésitent plus à revendre leurs cadeaux. Oui, c'est un débat, je sais, mais j'estime cette pratique à gerber, après tout, si tu n'aimes pas mes cadeaux, bah va chier pour que je t'en refasse. Enfin bon, là n'est pas le sujet du jour.

Vidéo de STUDIOCANAL France.

Car François Damiens est un Belge qui s'est tout d'abord fait connaître par ses caméras cachées dans lesquelles des personnages riches en couleur piègent des innocentes âmes. Ou âmes innocentes, au choix. Le natif de Uccle a ensuite orienté sa carrière vers le cinéma, avec "Dikkenek", "Je fais le mort", "La famille Bélier", et j'en passe. Du coup, quand en 2018 l'acteur sort un film en partie tourné en caméra cachée, on se retrouve à la fois intrigué et rebuté.

Petit, je regardais une émission qui se nommait "Surprise, sur prise", avec Marcel Béliveau. Le principe était de piéger des personnalités connues en les positionnant dans des positions extraordinaires, en filmant leur réaction le tout sans qu'elles ne se doutent du subterfuge. Aujourd'hui on peut aussi citer ces caméras cachées un peu violentes, en Amérique Latine notamment, où on n'hésite plus à effrayer des inconnu.e.s quitte à provoquer des malaises. Bref, c'était mieux avant. Euh, non en fait. Je regardais car il n'y avait rien d'autre (puis c'était les parents qui décidaient), mais je n'ai jamais aimé ce principe. Surtout que ça peut faire ressortir des choses assez sombres des personnalités que l'on apprécie.

Du coup, quand on nous averti dès le début que ce film a été tourné en caméra caché et que les "victimes" ont accepté d'apparaître, on sent que les réactions seront classiques, et qu'il n'y aura rien de foufou. Alors premier constat, on nous ment. D'emblée. Le film n'est qu'en partie tourné en caméra cachée. Il y a des scènes de transitions qui permettent de sortir un scénario un peu bancal.

Qu'en est-il ? Daniel "Dany" Versavel est en prison. Depuis 12 ans. On ignore pourquoi. Il fait le malin en taule, se joue des gardiens, enfin du gardien, qui ignore que c'est un acteur en face de lui. Passons sur le fait que c'est délicat à croire qu'un gardien connaisse peu ce malfrat, il manque une explication je pense, mais peu importe. Donc arrive le transfert au tribunal, avec des (faux) policiers motards qui se font des "check" hilarants sur l'autoroute, voilà qui permet d'offrir une introduction rigolote. La scène du tribunal voit une avocate se faire piéger. Alors les policiers sont-ils des acteurs ou au moins au courant de la supercherie ? Je ne sais pas, mais la scène est à la fois réaliste et surréaliste. François Damiens (qui joue donc Dany) est impeccable dans ce rôle d'homme faussement fort. Un peu comme un Dikkenek quoi, une grande gueule. La réaction de l'avocate est juste hilarante.

On devine que le fils de Dany va pouvoir s'émanciper et ainsi commencer sa vie comme le dit l'avocate. Or Dany refuse de voir Sullivan (Suli, joué par Mattéo Salamone) continuer ainsi sa vie sans son papa. Là, on se dit que le scénario est mal foutu, car qu'est-ce qui fait dire à Dany, au bout de 12 ans de prison, qu'il faut s'échapper et voir son fils grandir. Surtout qu'on le verra quand même s'évader en hélicoptère, avec son parrain, joué par Christian Brahy. Mais on avance quand même. Ainsi, il va surtout fuir la police au début. Récupérant sa BX dans un parking gardé. Le pauvre gardien d'ailleurs sera complétement perdu, et là, c'est moins drôle. Beaucoup moins drôle. Un début d'empathie se fait ressentir pour les "victimes" et on se demande comment on réagirait à leur place.

Puis vient l'hôpital. Avec une belle rencontre. Richard il me semble. Le seul à ne pas avoir peur de Dany quand l'avis de recherche passe à la télé. Ce piégé a fait 30 ans de prison, il connaît et sent que Dany n'est pas dangereux. La façon dont il rassure les autres patients est sublime je trouve "ne vous inquiétez, il n'arrivera rien, il ne fera rien". Il faut reconnaître que Richard est très touchant, et on constate le jeu d'acteur de François Damiens ici, qui ne laisse rien transparaître alors que ça l'a forcément touché et ému.

L'infirmière est à se tordre de rire c'est vrai. Surtout quand elle essaie de bosser malgré tout. Ensuite il y a la supérette, avec la dame qui essaie d'empêcher Dany d'apprendre à fumer à son fils, les dames sur un banc aussi. C'est dans ces caméras cachées là que l'on constate qu'en fait François Damiens est bienveillant avec les piégé.e.s, du coup l'empathie qui nous dérangeait un peu après la scène du parking devient plus légère, plus agréable. On ne pourra qu'exploser de rire lors de l'entretien avec le banquier. Ou alors le dépanneur, qui réagit normalement mais semble ne pas arriver à cerner Dany.

Le meilleur est pour la fin, avec Aka, homme d'affaire Ivoirien (Dany a fuit en Côte d'Ivoire), qui va subir une énorme caméra cachée. Avec un appel des forces armées Ivoiriennes qui lui demandent de ne pas paniquer et de le retenir pendant 2 minutes, tout en ne bougeant pas. L'homme sera complétement perdu par ce coup de fil et bafouillera des trucs bizarres. Limite il conseille à Dany de partir en lui parlant du coup de fil bizarre qu'il vient de recevoir. Il ne cessera de répéter "bizarre bizarre" en voyant les policiers se mettre en position. La scène est incroyable.

J'ai omis le chirurgien esthétique, qui est bien drôle au passage, et aussi les beaux-parents. Nancy est certainement une actrice semi-amatrice (très jolie soit dit au passage) et elle piégera ses parents. La réaction de ces derniers est incroyable. Tolérants, alors que Dany est laid et âgé (contrairement à leur fille), ils monteront d'un ton quand ce dernier parlera de son emprisonnement et de la mort de sa femme. Assez bizarre, la scène est captivante pourtant.

En fait, ce seront les 90 minutes du film qui seront captivantes. Les scènes "cachées" sont assez courtes, ne dépassants jamais les 10 minutes. Les acteurs improvisent parfaitement, mention spéciale à Mattéo Salamone qui est brillant. Le problème réside dans le manque de liant. De fluidité. On sent que ce sont des scènes tournées sans connaître la réaction des piégé.e.s, résultat, on se retrouve avec des scènes cherchant à lier tout cela, mais il n'y a pas de conclusion propre aux scènes cachées. J'ignore comment le dire, mais du coup on se retrouve perdu en vérité. Le scénario est un peu trop simple, mais pour ce genre d'exercice il vaut mieux. Bon, à la fin on constate qu'il y a eu plusieurs interlocuteurs et plusieurs interlocutrices. Comme le gardien de prison, plusieurs furent piégés en vérité, pour sortir les meilleures scènes. Même le dîner avec les beaux-parents.

D'ailleurs il est là le problème. Ça va beaucoup trop vite. Prenons la scène des beaux-parents. Dany cherche une maman pour son fils et une femme pour lui. Il passe un annonce au supermarché et draguera les dames sur un banc après. Pour voir si des numéros ont été pris, il retourne au supermarché. Et croise Nancy. Ils se regardent et là, bim, dîner avec les beaux-parents et demande en mariage. Euh, résultat la sauce ne prend pas, on y croit jamais et on sort du film pour reprendre les habitudes de téléspectateurs/trices, vu que l'on sait que ce sera une caméra cachée. Je n'arrive pas bien à l'exprimer, mais en gros on n'accroche jamais à l'histoire. On se retrouve face à un enchaînement de caméra cachée avec des petites scènes qui essaient laborieusement de faire le liant.

Sauf que la sauce ne prend pas. Et si je reconnais avoir éclaté de rire devant des réactions à mourir essoufflé, je n'ai rien retenu du message concernant la famille et la paternité que François Damiens a voulu faire passer. Il aurait fallu plus de souplesse entre les scènes cinémas et celles "cachées". Il manque une conclusion à chacune des scènes "cachées", on se retrouve trop rapidement à nouveau dans le récit, et le temps qu'on retrouve le fil du récit, bim, caméra cachée qui fait rigoler. Pourtant l'acteur/réalisateur possède une vraie empathie, un vrai amour pour ses "victimes". Il a aussi un sens de la répartie hallucinant de dynamisme.

Du coup, nous sommes en face d'un film ne sachant pas sur quel pied danser. Il aurait fallu tout faire en caméra cachée. Même les scènes faisant le lien. Avec la complicité de la police et d'autres acteurs, ce qui aurait nécessité un dispositif lourd et délicat à gérer. Pourtant, le réalisateur est efficace en caméra cachée, on éclatera de rire devant des réactions tellement logiques qu'elles en deviennent comiques. Ceci sans jamais se moquer des piégé.e.s et ça c'est fort. Sauf peut-être le footballeur, dont la scène est inutile, longue et donc chiante. Le message sur la filiation ne passe pas, jamais. Surtout que les scènes servant de lien sont inutilement exagérées, le coup de la BX qui fume, les fuites en hélicoptère. Non, ce n'est pas un bon film, mais après tout je l'ai vu gratuitement et je reconnais qu'il m'a offert des éclats de rire franc. Chose qui m'arrive rarement. Quand il passera gratuitement à la télé, je vous le conseille. Sinon, ne mettez pas un seul euro dans ce film qui est un hybride malformé entre cinéma et télévision.

@+

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