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Cultivons la curiosité

Au Poste !

Au Poste !

Il existe des films, nommés "OVNI" alors qu'ils ne volent pas, qui marquent. Ceux de Quentin Dupieux, plus connu sous son pseudonyme de Mr Oizo quand il fait de la musique, sont de cette trempe. "SteaK" fut ma première découverte du compositeur cinéaste. Je n'avais rien compris. Croyant à une comédie avec Eric & Ramzy, c'était en fait une violente critique de la société, notamment des ados. Je ne me remets pas du lait à la place de la bière. "Rubber" réinvente le film d'horreur. Un pneu se transforme en Boogeyman est en profite pour assassiner les spectateurs/trices de son propre film. Une expérience limite métaphysique, cassant le quatrième mur avec brio. "Réalité" quant à lui était purement incompréhensible. Le stress du réalisateur ne trouvant pas son public, n'arrivant pas à fournir l'œuvre en temps et en heure, le monde du cinéma prenait cher dans cet excellent film. Je n'ai pas vu "Nonfilm", "Wrong" ou "Wrong Cops" malheureusement. Mais vous avez deviné que j'aime son idée du cinéma. Non-sens et décalage à tout vas, avec un fond de critique sociétale forçant les (télé)spectatrices/teurs à la réflexion. Regardons un des nombreux trailers du film.

Vidéo de FilmsActu.

Sachez que sauf la scène "bande-annonce", tout est dans le film. Mais c'est bien implanté, pas énervant comme le coup de la redondance de "c'est pour ça". Mais d'abord l'histoire. Dans un monde proche du notre, un commissariat fonctionne normalement. Dans celui-ci, le commissaire Buron va interroger Louis Fugain, à propos de la découverte d'un cadavre en bas de chez lui. Mais le film débute par... un concert classique dont l'orchestre correctement habillé est dirigé par un chef en slip rouge. Voilà voilà. Si vous n'accrochez pas dès le début, c'est mort. On ne comprendra pas vraiment cette scène, sauf si on la lie avec le final je pense. À voir.

Le cast est intéressant, mais je ne pensais pas me prendre une leçon d'acting en allant voir ce film. La colonne vertébrale composée de Benoît Poelvoorde et Grégoire Ludig est sublime. Le film repose sur eux. Certes Marc Fraize et Anaïs Demoustier sont impeccables, mais nettement moins présent.e à l'écran.

Si le film ne dure guère plus de 70 minutes, c'est pour mieux se rapprocher du théâtre. Tout y est théâtral. Le faible nombre d'acteurs et d'actrices ainsi que les lieux peu nombreux. La mise en scène par contre est surprenante, un peu décalée. Que dire de cette caméra trop haute, montrant plus de plafond que du reste du commissariat ?

Au passage, nous prendrons un cour de langue française, on ne dit pas "se geler les miches" si on est un homme, ou alors "changer d'air" si on ne va ni à la montagne ni à la mer. On découvre rapidement Buron en face de Fugain, avec un premier dialogue entre les 2 personnages qui sera à l'image du reste du film. Simple et savoureux. Quand Fugain propose le vendredi en toute simplicité pour faire accélérer les choses (Buron est au téléphone et ne trouve pas un jour correct pour un rendez-vous), on sent que le ton sera réaliste, et calme.

Ce qui marque aussi, ce sont les décors. On se croirait dans les années 80, et pourtant, à un moment, un élément nous fera dire que non, nous sommes bien dans les temps modernes. Pourtant, décors, tenues, matériels employés, véhicules, tout laisse penser à une histoire se déroulant dans les années 80. C'est assez bluffant. Les télés sont vieilles, cathodiques, il n'y a pas d'ordinateur, on tape à la machine à écrire, bref l'univers proposé ici surprend.

En vérité, c'est très compliqué de parler du film sans risquer de trop en dire. Déjà, si vous ne connaissez pas le réalisateur, ça risque d'être chaud. C'est du non sens, il n'offre pas d'explication, et pourtant en réfléchissant un peu, on arrive à comprendre. La fin décontenance complétement. Pourtant, vous allez quand même rire devant des personnages barrés, mais toujours proches de la réalité. Ce qui va arriver à Philippe, waah. Ce personnage est finalement peu de temps présent, mais il marque.

Au début il sera méfiant, puis très vite confiera des choses à ne pas dire à quiconque. Le coup de la lettre confidentielle à ne pas faire lire qu'il fera finalement lire en précisant bien qu'il faut que personne ne la lise, on se marre forcément. Ou alors quand il discute de son poste qu'il a obtenu en ayant échoué à l'examen mais que son père a modifié les notes, tout ça à Fugain, le suspect, et en toute tranquillité c'est très drôle.

Le coup du café aussi, de l'équerre avant (celui-là, on le voit venir 30 secondes avant le drame), de l'huître "fruit de mer", punaise, je ne m'en remets pas du "je ne sais pas comment ça se mange moi vos fruits de mer", mwahaha. Donc le film va parler de l'histoire de Fugain, qui a découvert un cadavre (autre que dans les livres...) avec le fer à repasser du suspect juste à côté. C'est d'ailleurs lui qui a averti les secours avant d'aller se coucher.

La façon de raconter cette soirée où il a fait 7 va et vient (ou aller-retour selon), avec à un moment l'implication de Buron, qui arrive à entendre son flashback. Le coup de la bombe anti insecte, le pot de fleur, enfin bon, nous on se dit que Fugain est quand même un bon affabulateur, avant finalement de le croire tant son récit est "chiant" (dixit Buron).

Le coup de force de Quentin Dupieux est d'arriver à nous faire rire grâce à des petites répliques bien senties, des trucs assez bizarres (le trou dans la poitrine, la réunion à la fin du film dans un bar). Mettant tout cela en image de façon à la fois classique et décalée. Oui, ça ne veut rien dire comme cela, mais certaines scènes semblent sortir d'un rêve. Quand Fugain voit Fiona dans son flashback et qu'il va boire une bière tranquille, tout en expliquant que dans trois jours il sera interrogé par Buron pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Car il a découvert un cadavre pas encore refroidit au moment du flashback. Passage complexe mais pourtant hilarant de simplicité. Une fois de plus, c'est paradoxal et c'est en partie cela qui fait que le film est drôle.

Si vous aimez le cinéma de Quentin Dupieux, aucun problème, allez-y tête baissée. Les autres, je vous conseille de voir un des films que j'ai cité avant, histoire de cerner le côté blindé de non sens du cinéma du réalisateur. Un film drôle, incroyablement bien joué et superbement mis en scène. Offrant même du suspense et une envie de savoir qu'est ce qui a bien pu amener Fugain au poste de police pour un interrogatoire tardif. Perso j'ai aimé, moins que "Rubber", mais les interprétations de Poelvoorde et Ludig valent à elles seules le coup de voir ce film.

@+

Le ticket.

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