Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Cultivons la curiosité

La forme de l'eau

Image de www.senscritique.com.

Image de www.senscritique.com.

C'est intéressant de voir comment la diffusion d'un film en VOSTFr peut finalement me décider à aller voir celui-ci. Devant le côté dithyrambique des critiques, aussi bien visibles sur Twitter que de la profession (il n'y a qu'à voir les nombreux prix reçus par ce film, notamment à la dernière cérémonie des Oscars), et aussi devant le côté romance annoncé, j'avais décidé de ne pas aller le voir. Surtout qu'entre Guillermo Del Toro et moi, c'est le chaud et le froid, je n'avais pas aimé "Le labyrinthe de Pan"... mais... aïe, vous n'êtes pas gentils de me jeter des cailloux. Par contre j'avais aimé "Blade II"... mais arrêtez avec les cailloux là, ça fait un peu mal votre truc. Enfin bon, j'avais même tendance à croire que le réalisateur était meilleur comme producteur, "L'orphelinat", "Don't be afraid of the dark" ou "Mama" sont de franches réussite. Seulement, mon cinéma a eu la brillante idée, en plus d'avoir une programmation famélique à base de comédies françaises à la con, de le diffuser en VOSTFr, en plus à des horaires parfaits pour moi. C'était décidé, à l'instar de "Black Panther", j'irai voir un film de 2h ou plus un vendredi soir (alors que je préfère le calme du samedi 14h00). Regardons donc la bande annonce.

Vidéo de 20th Century Fox France.

Il m'est difficile de vous parler du film sans rien révéler. Sachant que je n'avais pas l'intention de le voir, je n'avais rien vu, ah, si, je savais à quoi ressemblait l'Amphibien, et qu'il s'agissait d'une histoire d'amour entre une femme muette et cette créature. J'ignorais tout du reste et ce n'était pas plus mal. Dans les États-Unis d'Amérique des années 1960, et alors que la guerre froide fait rage, notamment à travers la conquête spatiale entre Soviétiques et Étasuniens, que le peuple Afro-Américain se rebelle enfin. Que la famille parfaite est constituée de la maman blonde qui tient la maison, du papa brun qui va au boulot et d'un garçon et d'une fille, tout aussi caucasiens. Elisa (Sally Hawkins), jeune femme muette, est technicienne de surface dans un complexe aérospatiale des USA, ultra secret. Elle y fait le ménage de nuit, et forme un binôme avec Zelda (Octavia Spencer). Elles sont opposées, car si Elisa ne peut dire le moindre mot, sa collègue et amie est un véritable moulin à parole.

Elles s'occupent sans prêter attention aux expérimentations des scientifiques. Elles pointent, rentrent chez elles, et c'est tout. Au début, on suit Elisa dans son quotidien, dormant sur un canapé, la jeune femme prépare son déjeuner, prend un bain, et va rendre visite à son voisin dont elle s'occupe. Giles (Richard Jenkins) est un artiste de publicité, il dessine des pubs donc, sauf que la société ne veut plus de lui, dépassé le dessin, vive la photographie. Il vit avec ses chats et est heureux d'avoir Elisa comme voisine, même si elle n'est pas très causante. Tout deux vivent au dessus d'un cinéma, sous le toit de celui-ci.

On la voit prendre son bus, et attaquer le boulot. Le train train continue, jusqu'au jour où un étrange tube est mené dans la salle où Elisa et Zelda font le ménage. On y découvre Strickland (Michael Shannon), qui va se charger de ce qu'il y a dans le tube. Cette scène est incroyable, on en vient presque à oublier que les femmes de ménage sont là, continuant à balayer alors qu'on voit Strickland mais aussi le Dr Hoffstetler (Michael Stuhlbarg). On constate rapidement qu'il y a une étrange créature dans le tube, un peu agressive même, mais nous n'en voyons pas plus au début.

Étapes par étapes, Elisa va se lier d'amitié, puis d'amour avec l'Amphibien (Doug Jones). Lui apprenant même le langage des signes. Seulement quand il y sera question de faire subir une vivisection à la créature, la jeune femme, qui voit en l'Amphibien son reflet (elle se considère et est considérée comme une "freaks"), fera tout pour sauver celui-ci. Mais en parallèle un espion Russe pourrait bien avoir la même idée.

Donc, là, je suis allé super loin, vous révélant pas mal de chose. Nous sommes clairement en face d'un conte. D'une romance fantastique magnifiquement mise en scène. Quand je lis que le réalisateur aurait copié Jean-Pierre Jeunet. Mouais. Si c'est vraiment le cas, je trouve que Del Toro est un meilleur conteur et réalisateur que le français. J'avais détesté "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" (plus personne ne me jette de cailloux?!?) et "Delicatessen" est un film incompréhensible et vulgaire. Oui, je sais, moi aussi je suis vulgaire, mais trouver ce film génial c'est un peu comme me dire que "Bienvenue chez les Ch'tis" est la meilleure comédie au monde.

En réfléchissant bien, je constate que l'histoire est simple. Pire, elle ressemble énormément au genre de film que je déteste. Les trucs de romances souvent soporifiques. Est-ce à cause du côté fantastique de cette histoire que j'ai été captivé ? Et bien non. Vous auriez pu mettre une vache ou un dauphin, un Afro-Américain ou un handicapé, cela n'aurait rien changé. Entre une superbe réalisation (pour une fois primée aux Oscars) et le personnage d'Elisa, voilà ce qui fait le charme du film. Sally Hawkins est incroyable dans le rôle de cette muette qui voit sa banale (voire ennuyeuse) existence basculer. J'ai adoré la voir se rebeller et ne pas hésiter à frapper Giles pour avoir de l'aide, le fait qu'elle insiste sur certains "mots" (en langage des signes) quand elle est face à Strickland, et son caractère en général. On s'attache à elle. Tout comme à l'Amphibien, mais c'est avant tout Elisa qui captive le/la spectateur/trice.

Les seconds rôles sont tout aussi excellent, comme la bienveillante Zelda, qui aide Elisa à pointer à l'heure, qui lui prodigue des conseils, qui s'inquiète d'elle. Alors qu'à la maison son homme ne cesse de se plaindre de son dos et ne l'assiste pas. Il y a aussi le Dr Hoffstetler, Strickland, Giles, enfin bon, tout est nickel. Évidemment, c'est la créature qui attirera le grand public dans les salles. Absolument magnifique. À la fois puissante, dangereuse, effrayante, mais en même temps hypnotisante et attrayante. Le fait qu'elle soit aussi une victime nous fera rapidement ressentir de l'empathie.

Il n'y a quasiment pas d'action dans ce film, pourtant, à un moment, il y aura un fort suspense, surprenant, arrivant dans le dernier tiers du film. Avec un Giles couinant sans cesse et s'excusant de ne pas être doué. Il y a aussi des scènes, assez promptes, où l'on constate le racisme, mais aussi l'homophobie des USA des années 60 (quoique aujourd'hui aussi... et pas que là bas). La différence des vies de Elisa et Strickland. Ce dernier vivant le rêve américain, avec sa famille parfaite, mais qui veut quand même savoir si il peut faire "couiner" une muette. Ah oui, le machisme est dénoncé ici, aussi bien à travers Strickland, que le mari de Zelda. Et j'omets la société de consommation (la scène du concessionnaire Cadillac), la recherche extrême sur les animaux, la connerie et la prétention du général Hoyt "vous avez compté les étoiles ? " et j'en passe.

Oui, c'est ça en fait, on a l'impression que c'est juste une romance presque impossible, à "La belle et la bête" ou façon "Twilight", putain vous avez retrouvé des cailloux ou quoi ? Donc si on pense à "Roméo et Juliette" (sur la jetée à la fin), et qu'on n'a pas l'impression qu'il se soit passé beaucoup de chose, et bien c'est faux. Déjà, preuve de la qualité du film, je n'ai pas vu les 2 heures passées. Je peux vous garantir que devant "Black Panther" je m'étais emmerdé au bout d'une heure. Ici non. De plus, il y a un côté "King Kong" sans que la femme ne soit effrayée par le monstre. Le "dialogue" entre Elisa et Giles où elle explique pourquoi il faut sauver l'Amphibien est, je n'ai pas les mots, poignant (et encore c'est faible). Elle se voit en lui et ne peut se résoudre à le laisser mourir. Donc voilà comment sur fond de guerre froide, d'émeute contre le racisme, Guillermo Del Toro nous offre une histoire d'amour en parlant de handicap, de misogynie, de racisme, d'homophobie, de maltraitance animale, pfiou, et j'en passe. Il est incroyable de voir un film d'une telle qualité, d'une si belle esthétique, fantastique qui plus est, avoir un tel succès. Et celui-ci est plus que mérité. Donc si ce n'est pas déjà fait (le film est sorti le 21 Février 2018), allez vite le voir au cinéma, j'ai adoré. Je crois même que c'est le meilleur film que j'ai pu voir au cinéma, à voir obligatoirement et vite !

@+

Le ticket.

Le ticket.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article