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Cultivons la curiosité

Tunnel

Image de www.avoir-alire.com.

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Des fois j'ai droit à un code pour voir un film à 0.01€ sur la plateforme VOD Wuaki.tv, je choisis surtout des films que je ne compte pas prendre en DVD ou BluRay, même si parfois j'en viens à l'acheter dans le format physique. Aujourd'hui nous allons voir Tunnel, film catastrophe au pitch impressionnant, pensez-y, un bon père de famille, vendeur chez Kia Motors, fait son plein dans une station service. Tiens, c'est bizarre, il y a un pompiste, mais passons, donc il va emprunter la route avant de rejoindre sa famille pour l'anniversaire de sa fille. Pas de bol, lors de la traversée d'un tunnel, celui-ci s'effondre. Dès lors, nous allons assister à la survie de l'homme pris sous les gravats, tandis qu'en parallèle nous verrons l'inquiétude de sa femme, la mise en place des secours, et pas mal d'autres choses qui paraîtront bizarres. Je n'ai pas pu voir ce film en VOSTFr, qu'en VF donc, celle ci pète les oreilles, le texte est parlé de façon trop hachée, on ne sent aucune émotion dans les voix, bref, la VF me fait plus rire qu'autre chose, sauf, sauf si c'est aussi le cas dans la VO, car nous verrons qu'au lieu d'être en face d'un film catastrophe dramatique, c'est plutôt une parodie de la société, rendant ce long métrage (in)volontairement comique dans ses 3/4 (seules 30 minutes sont réellement très émouvantes, sur les 2 heures du film). Regardons la bande annonce.

Vidéo de FilmsActu.

Réalisé par Kim Seong-hoon en 2016, le pitch fait immédiatement penser à Daylight avec Sylvester Stallone, sauf que là, le personnage principal est seul sous les gravats. Magie de la technologie moderne, le téléphone passe alors qu'il doit se contorsionner dans son tas de ferraille. Seulement, quelque temps plus tard, le téléphone passera de partout, même quand il se déplacera dans des galeries de fortune... mais passons, disons qu'on n'a rien vu. La grosse surprise vient du fait que l'accident arrive dès les 5 premières minutes, une présentation succincte (conversation téléphonique avec sa femme, puis avec un client), et on a cerné le personnage principal. La catastrophe en elle-même est très rapide, un peu comme The Wave, c'est spectaculaire, mais prompt, et ça rend donc la scène encore plus dingue je trouve, on n'a pas le temps de bien analyser tout, qu'on se retrouve dans cette bulle poussiéreuse à assister au réveil de l'homme emprisonné.

Il arrive à joindre les secours, mais ce que j'ai oublié, c'est cette chose toute simple mais importante, avant de partir de la station service, on lui donne 2 bouteilles d'eau en dédommagement de l'incompétence du pompiste. Or celui-ci est âgé et sourd, donc on se retrouve un peu choqué et surpris de constater qu'il n'est pas à la retraite, ou que son patron ne fasse pas preuve d'un peu plus de clémence. C'est d'ailleurs là que débute la critique acerbe de la société sud-coréenne, et croyez moi, elle va morfler. Car, après avoir raccroché avec les secours (qui se mettent en place), un journaliste arrive à joindre l'homme, et lui demande des détails, lui apprend que la situation est mauvaise, très mauvaise, et qu'il en aura pour au moins une semaine à rester là dessous.

Le chef des secours trouve les journalistes, leur demande de faire place net et d'arrêter de l'appeler car la batterie de son téléphone sera importante pour qu'il ne sombre pas dans la folie. Voir l'aplomb des journalistes cherchant à retourner le truc en gueulant sur le responsable des secours est juste hallucinant, et ce n'est qu'une première étape de la critique contre les journalistes, on verra d'autres scènes abjectes, et même parfois comique, mais vous savez, ce rire un peu forcé, quand on voit un truc tellement incroyable que ça en fait rire nerveusement. Pour l'instant, le prisonnier essaie de joindre les secours, il obtient le chef. Là aussi on aura encore une partie comique, avec le jeune homme qui déploie la carte et la déchire.... ce que le chef décrira à son interlocuteur au téléphone "on a une carte... déchirée, mais ça fera l'affaire", c'est là aussi incroyable à entendre.

On voit aussi comment la femme du prisonnier apprend la nouvelle, via les médias qui n'hésitent pas à donner le nom de l'homme sous les gravats.... bonjour le suivi psychologique les gars. Je ne sais plus quand dans le film, au début je crois, le réalisateur nous offre un petit aperçu de la situation en Corée du sud, disant que la qualité s'étiole et que les grosses boîtes de construction n'hésitent pas à faire des économies en ne mettant que 9 tiges de je ne sais pas quoi, au lieu de 10, et que les autorités s'en moquent, limite pot de vin à la clé, même si ce n'est pas clairement dit. Les secours obtiennent des infos capitales, le véhicule de l'homme s'est fait stoppé par un ventilateur, le numéro 3, donc ils voient à peu près où il est. Là arrive la scène des drones, pitoyablement hilarante. Les secours envoient un drone pour jauger la situation, seulement, une horde de journaliste est là, et demande aux secouristes de se baisser car ils ne peuvent pas prendre de belles photos ou images, et aux secouristes d'obtempérer.... putain, et ce n'est pas fini, vu que les journalistes aussi ont emmené des drones... incroyable... c'est un gros bordel. Bon, l'opération des drones échoue car la communication radio ne passe pas, trop de minerai de fer dans la montagne.... mais alors pourquoi le téléphone passe ???? Et plus tard la radio de la voiture ???? Là aussi on va faire comme si on avait rien vu.

Une autre chose surprend, c'est quand la première ministre tente une récupération honteuse, en se montrant avec la femme du prisonnier. Là aussi c'est dégueulasse. On la prendra en photo avec tous les pontes, refoulant même des mecs voulant apparaître sur la photo. On sent le côté guindé des politiques, qui se retrouvent face à un dilemme, en effet, un second tunnel est en cours de réalisation pas loin, et l'entreprise veut continuer les travaux, qui nécessitent d'utiliser des explosifs et donc pourraient condamner l'homme ensevelie. La réponse de la première ministre est à gerber "débrouillez vous", et heureusement que le chef des secours ose par moment s'opposer à tous ces connards, vers la fin notamment, là aussi grosse comédie à gerber.

D'ailleurs c'est le seul personnage à avoir des couilles, c'est lui qui prendra une voiture pour aller voir la situation quand les drones ne marcheront pas, bon, c'est dommage, ceci fera s'effondrer le reste de l'entrée nord du tunnel dans une scène spectaculaire aussi et angoissante. Dommage, car le prisonnier n'était pas loin en fait. Mais grâce au numéro du ventilateur, ils peuvent commencer à creuser un puits pour lui tomber dessus. Là on constate que finalement les grands moyens sont employés, tout ça pour un seul homme, on devine aisément la fin quand on voit le merdier que ça provoque, le nombre de personnes mobilisées, l'argent que ça doit couter. Mais pour l'instant, il faut qu'il survive, se rationne.

On navigue ainsi entre l'homme prisonnier, sa femme dehors, et les secours. Puis, sans comprendre comment, un chien fera son apparition. alors le coup du chien est très difficile à encaisser, il ne boit quasiment pas (ration), mais va tenir aussi longtemps que l'homme. Je vous spoil, car on le devine rapidement, tout se finira bien pour l'homme et son nouveau compagnon. Sauf que ce chien appartient à une jeune femme, elle aussi prisonnière un peu plus loin. Qui a mis 3 jours à se manifester, avec tout le bruit que faisait l'homme c'est difficile à croire, mais ok, je prends. Là ce sera une question horrible sur la survie qui se posera. Doit-il partager son eau avec cette femme bloquée sous un rocher ? Mais que faire... on sentira tout le questionnement que pose la situation (ouh là, je parle de moins en moins français). Je spoil à nouveau, mais la femme meurt, et dès lors le prisonnier ne se pose plus de question, plus rien, quitte à laisse tomber la bouteille qui se vide doucement, pour tout faire pour dégager la femme... qui était condamnée, une tige en métal l'ayant traversée, ce que ne pouvait pas savoir l'homme. Ah, oui, je ne dis pas de nom ou prénom car j'ai beaucoup de mal avec, je préfère ne pas faire d'erreur.

Après cette scène émouvante (il y a en a eu quelques autres avant), on va tomber sur le truc m'ayant fait exploser de rire. Le chien a un collier anti-aboiement, que l'homme lui enlève. D'ailleurs il est à noter qu'il n'aime pas les chiens, et que pourtant sa fille veut un chiot pour son anniversaire. Il est aussi à dire que le chien a mangé le reste de gâteau que l'homme conservait, sauf qu'un gâteau à la crème, au bout de 3-4 jours il provoque la chiasse, mais bon, là aussi je tolère. Donc, l'homme va se poser des questions sur ce collier, et même l'essayer avant de se prendre une décharge. Là, les "mais quel con" fusent, le pire étant que je pense que j'aurai essayé moi aussi. Là j'ai explosé de rire, la scène est bien menée il faut dire. Et en plus cela permet d'ouvrir la portière arrière, et obtenir un peu plus d'espace.

Ensuite arriveront pleins de trucs improbables, le trucage des plans de ceux ayant conçu le tunnel, il n'y a pas 7 paires de ventilateurs, mais 6, donc le numéro 3 est plus loin, 17 jours de perdus, chouette. J'accélère j'avoue, mais sinon je vais vous gonfler avec. Donc c'est le merdier, l'entreprise construisant l'autre tunnel fait pression. Il y a le coup de Radio Classique, aussi le truc que l'on se dit à un moment "mais bordel, il a encore de la batterie son téléphone" juste avant que celle-ci ne déclare forfait. Le truc aussi de la batterie de la voiture, qui faiblit, mais qu'un coup de démarreur fait repartir.... euh, non, primo ce n'est pas en faisant tourner le moteur 2 secondes que tu recharges ta batterie, et surtout si ta batterie est morte, tu démarres mon cul, rien quoi, là ce n'est pas passé. Et je ne parle pas du micro HF qui se coupe et perçoit quand même des sons, je ne m'y connais pas assez pour dire si c'est plausible ou non. Une fois de plus ce sera la détermination du chef secouriste, qui ira jusqu'à descendre dans le puits pour savoir si ils recherchent un homme vivant ou un cadavre, comme le laisse penser tout le monde.

Il y a cette demi heure, dramatique, centrée sur la femme du prisonnier, et la pression qu'elle va subir quant un ouvrier secouriste va mourir. Les médias, les politiques, tout le monde abandonne, pire, la mère du secouriste en voudra à la femme, dans une scène de jeté d'œuf choquante. La femme finira par céder devant la pression de l'entreprise qui cherche à continuer son tunnel, abandonnant son mari alors qu'avant que la batterie du téléphone de celui-ci ne lâche, elle l'avait engueulé et imposé de rester en vie, ce qu'il a fait. Finalement, grâce au chef des secouristes, l'homme et le chien seront sauvés. Et cette phrase géniale d'arriver avec le parfait timing, "allez tous vous faire enculer", hurlée plus qu'autre chose par le chef des secouristes (qui ne fait que relayer les dires du prisonnier). Ceci alors que la première ministre arrive pour la photo tout ça, alors qu'elle avait abandonné, d'ailleurs, après cette phrase, elle fera demi tour "Tous ? Moi aussi ?", absolument hilarant. On pensera aussi à la femme du prisonnier, qui s'excusera, de ne pas y avoir cru, alors que ce sont les pressions de tout le monde qui l'ont poussé à prendre cette décision. Ah, au fait, au moment où le chef relaie la phrase du prisonnier, celui-ci lève le pouce d'approbation. Quand on verra ce qu'en feront les médias, à gerber "il a levé le pouce en remerciement du soutien de la nation", alors que celle-ci l'avait abandonnée. Pire, le chef des secouristes se retrouve contraint de faire une lettre d'excuse (ou de démission ? ), alors que c'est uniquement grâce à lui qui ces vies furent sauvées (n'oublions pas le chien). Pas de happy end à l'étasunienne, et je dois reconnaître que c'est très dommage pour le coup, l'avenir du chef des secouristes est incertain, alors qu'au pays de l'oncle Sam il aurait été porté en héros. Par contre le couple est enfin réuni, et même si la traversée du tunnel, en toute fin de film, offre une sorte de renaissance, et donc une belle image, on regrette de ne pas voir la famille adopter le chien, sauf si c'est sa fille que l'on voit vers la fin avec le Carlin, je ne sais pas trop là, j'étais tellement sidéré par la récupération politique et des médias, que je n'ai pas fait assez attention. On regrette aussi de ne pas voir le chef des secouristes plus mis en avant, et au moins rencontrer le couple. Mais c'est ainsi.

Si au début on pense indéniablement à Daylight, mais aussi Buried pour le côté asphyxiant, si on peut aussi détecter une tonne d'incohérences, si on peut se dire que 2 heures c'est long. Et bien non, entre le côté comique du début, avec cette critique violente de la société sud-coréenne, surtout les médias et les politiques, les lobby aussi (l'entreprise qui construit l'autre tunnel), on pense donc à Dernier train pour Busan, déjà car il vient de la péninsule coréenne, et en plus car il critique ouvertement, et même de façon encore plus violente que le film de Yeon Sang-ho, cette Corée du sud gangrénée par la corruption. N'oublions pas qu'ils ont connu la démission d'un premier ministre au moment où le film fût tourné, et comme un présage, l'année de la sortie du film, c'est la présidente qui sera destituée, on peut donc voir ce film comme une lutte contre le pouvoir en place (à l'époque), sur fond de film catastrophe pour faire passer la pilule. Mais ce n'est pas que cela, l'interrogation qui intervient dans le tunnel, pour survivre, doit-il partager son eau sachant que la femme est mal en point, doit-il user sa batterie pour quelle avertisse sa mère ? On se rend compte que les plus humains sont les prisonniers et que dehors on accumule erreur sur erreur. Le réalisateur offrira des parallèles comiques, comme le prisonnier n'ayant plus d'eau alors que dehors il pleut. Comme le fait que le chef des secouriste goûtera son urine, car il avait été un peu honteux de demander cela au prisonnier sans l'avoir fait lui-même. Des petits trucs, combinés à une VF pourrie, qui rendent le film plus drôle que dramatique, pourtant on le ressentira par moment. Comment dire, c'est bien réalisé, on ne s'ennuie jamais pendant les 2 heures, mais le ton un peu trop rigolo par moment surprend et même choque. Les passages avec la femme du prisonnier sont puissants émotionnellement parlant, un très bon film, avec une VF nulle. J'ai quand même bien aimé et vous le conseil, à voir pour pas trop cher, genre en VOD à 2€.

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